L'Etat doit-il continuer à aider les banques ?

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L'Etat doit-il continuer à aider les banques ?

Message  DeProfundisMorpionibus le Ven 3 Avr - 9:24

L'Etat doit-il continuer à aider les banques ?

Par Richard Maupied | Miroir Social | 29/03/2009 | 14H46

Qui vérifie la réalité des pertes affichées ou des besoins clamés ? Que font les agences de notation ? Comment peut-on accepter que les trois grandes agences de notation internationales, plus précisément anglo-américaines, Moody's, Standard & Poor's et Fitch Ratings continuent à jouer un rôle majeur dans le système financier ?
N’est-ce pas une gigantesque escroquerie à l’argent public et à la garantie publique ?

Pour sauver le système financier et bancaire, des Etats ont été jusqu’à se mettre en péril. C’est le cas de l’Islande, voire plus modestement des pays du Benelux. Partout l’endettement public a explosé et ceux qui vilipendaient la dette publique dès lors qu’elle pouvait être en rapport avec des dépenses sociales, sont étrangement muets aujourd’hui.

On craint que le déficit français atteigne près de 80 milliards à fin 2009 !

On arrive pourtant à une situation aberrante. Les Etats doivent relancer l’économie en s’endettant, tout le monde semble d’accord sur le principe, mais sans « fragiliser la confiance dans la viabilité des finances publiques », comme le réclame le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet.

Or déjà, l’Espagne et la Grèce ont vu leur notation dégradée par l’agence Standard and Poor’s. Ces pays vont donc devoir payer plus cher pour trouver des investisseurs qui les aident à régler leurs dettes.
Comment peut-on faire confiance aux agences de notations ?

Le comble, c’est que les agences de notations -qui sont des structures privées- ont complètement failli dans leurs analyses des risques financiers qui s’accumulaient à la vitesse d’un ouragan. Pourtant, elles se permettent encore de juger de la solidité financière des Etats !

Comment peut-on accepter que les trois grandes agences de notation internationales, plus précisément anglo-américaines, Moody's, Standard & Poor's et Fitch Ratings, continuent à jouer un rôle majeur dans le système financier, alors qu’elles avaient maintenu une bonne notation pour Enron jusque quatre jours avant la faillite !

Bien entendu, elles n’ont rien prévu en ce qui concerne l’accumulation massive de produits financiers à haut risque, les subprimes ou plus récemment le scandale Madoff.

Depuis 2003, le Congrès américain se demande si les agences devraient ou non être réglementées. La Securities and Exchange Commission (SEC), gendarme des marchés américains, semble opposée à ces mesures de contrôle.

La question de la validité de leur opinion, de leur sérieux, de leur indépendance peut pourtant sérieusement se poser…
Se débarrasser des actifs pourris

Qui contrôle et vérifie les pertes abyssales annoncées par les banques ?

Depuis l’automne, les Etats sont perçus comme un ultime recours face à la crise. Ils ont d’abord été sollicités, dès septembre, pour éviter un écroulement du système financier. Ce risque les a conduits à entrer dans le capital de nombreuses banques en difficulté -comme aux Etats-Unis, en Belgique, au Luxembourg ou en Grande-Bretagne-, à injecter des liquidités dans ces établissements ou encore à apporter leur garantie aux opérations de crédits entre banques.

Aujourd’hui, le plan américain de relance serait supérieur à 1000 milliards de dollars, le plan allemand dépensera 50 milliards d’euros sur deux ans. Ces interventions des Etats ont un coût qui demande un recours à l’emprunt.

Car les dépenses publiques augmentent au moment où les recettes fiscales baissent, l’impôt sur les entreprises et les particuliers rapportant moins puisqu’elles engrangent moins de profits et consomment moins.

En fait, tout se passe comme si l’objectif réel et prioritaire des banques était de se débarrasser de tous leurs actifs « pourris » sur la puissance publique ! Et ça marche.

En fait, plus que de l’argent, les banques veulent nettoyer leur bilan, autrement dit se débarrasser des crédit pourris qu’elles ont accumulés et les mettre dans une structure de défaisance, comme pour le Crédit Lyonnais il y a quelques années.

Londres a annoncé un autre plan de sauvetage pour recapitaliser Royal Bank of Scotland qui a perdu 31 milliards d’euros en 2008. Dublin va nationaliser AIB.

Aux Etats-Unis, le projet d’une banque publique récupérant les actifs toxiques avance à grands pas. Et c’est une idée qui chemine en France…

Ces fameuses banques seraient aux abois mais cela ne les empêchent pas de continuer à distribuer des dividendes et des bonus fabuleux, payés par l’aide publique ! Il a fallu que les présidents français et américain se fâchent pour que certains abus, particulièrement scandaleux, cessent.

Tout récemment, le ministre des Finances britannique a failli s’étouffer en apprenant que la Royal Bank of Scotland allait verser un milliard de livres de bonus pour l’année 2008 à son personnel, alors que les contribuables ont déjà dû avancer 20 milliards de livres pour nationaliser ladite banque et la sauver d’une faillite quasi certaine.
Que sont devenus les profits des banques ?

Après quelques difficultés au milieu des années 90, dues en partie à des spéculations immobilières démesurées (déjà), les grands groupes bancaires ont repris leur croissance et accumulé de confortables bénéfices. Ils sont consultables dans leurs propres rapports annuels. C’est d’ailleurs sur la base de ces résultats positifs que les dirigeants bancaires français ont fait exploser leur rémunération à la hausse, devenant même parmi les mieux payés en Europe (voir Charles Milhaud, ex-président de l’Ecureuil).

Où sont passés ces bénéfices, après provisions, qui ne permettraient pas de supporter, ou de lisser, un seul exercice difficile ? Certaines grandes banques sont visiblement gênées d’annoncer des résultats positifs pour 2008. Un comble, mais il faut bien rassurer les investisseurs et les actionnaires…

Evidemment faire appel à l’Etat tout en continuant à faire des bénéfices peut être délicat, mais pourquoi s’embêter puisque la puissance publique ne se montre pas curieuse. La BNP Paribas semblait très embêtée d’annoncer 3 milliards de bénéfices pour 2008.

Autre motif d'interrogation sur l’aide publique apportée aux banques

Depuis le 1er janvier, toutes les banques peuvent désormais distribuer le livret A, jusqu’ici monopole de la Poste et de la Caisse d’épargne. Elles peuvent conserver 30% des capitaux collectés au titre du livret A. Rappelons que le montant global de ces encours est d’environ 135 milliards d’euros, un sacré pactole, qui avant cette date était centralisé à 100% à la Caisse des dépôts pour financer le logement social. Vive le libéralisme…
Enfin les frais bancaires

Il est bon de se rappeler que les frais bancaires représentent un revenu considérable pour les banques françaises, situation propre à la France. Il semblerait qu'elles sont décidées à faire payer de plus en plus cher les opérations courantes malgré quelques timides directives prises par les pouvoirs publics.

Tout y passe : tenue de compte, gestion de compte via Internet (un comble), virement interbancaire, prélèvement, carte de crédit, chèque, frais de succession, incidents de paiement et… commissions pour comptes inactifs !

Dans la jungle tarifaire, une récente étude portant sur plus de 100 établissements bancaires en France à fait ressortir quelques chiffres ahurissants : plus de 35 euros pour la simple tenue d’un compte, 55,20 euros pour la gestion d’un compte via Internet ( ! ), 15,59 euros pour la mise en place d’un virement interbancaire, 13,7 euros pour la mise en place d’un prélèvement, 93,32 euros au titre de commission sur compte inactif et 435 euros pour frais de succession !

Les écarts de frais varient de un à dix suivant les établissements.

Quant aux frais pour incidents de paiement, malgré une limitation récente, c’est une catastrophe pour le client et une aubaine pour la banque.

Interpellée récemment sur le fait que les banques continuaient à restreindre les crédits, malgré toutes les garanties et les recapitalisations apportées par le gouvernement, la directrice générale de la Fédération bancaire française fit remarquer :

« On ne peut demander aux banques de financer ce qui n’est pas finançable. »

Remarque d’autant plus judicieuse que depuis longtemps, et particulièrement en prêtant aux ménages les plus démunis, via les subprimes, les banques n’ont fait que financer que ce qui n’était pas finançable !

Et combien de collectivités territoriales se sont retrouvées avec des produits financiers, dits exotiques, dont elles n’avaient pas mesuré la complexité et qui les mettent en grande difficulté.

Pratiquement aucune sanction n’a été prise contre les responsables des spéculations financières. Aucun contrôle, aucune régularisation d’un système devenu délirant n’a été mis en place. Les agences de notation continuent à « émettre des opinions » qui ont des conséquences très lourdes, et parfois dramatiques. Les dirigeants des grands groupes bancaires continuent à percevoir des rémunérations inversement proportionnelles à leurs défaillances et à faire partie des patrons les mieux rémunérés, tous secteurs confondus.

Qu’est-ce qui empêchera que demain ils recommencent les mêmes errements ? Rien à ce jour.

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